En 2000, la Grèce candidate à la zone euro doit respecter les critères de Maastricht : déficit public inférieur à 3% du PIB, dette publique inférieure à 60% du PIB. Pour y parvenir, le gouvernement grec fournit de fausses statistiques et divise par deux son déficit public.
Eurostat, l'agence statistique européenne, n'a jamais validé les comptes grecs. Elle émet des réserves répétées, mais la décision d'intégrer la Grèce dans l'euro est politique — et elle est prise.
En 2004, le gouvernement grec reconnaît avoir fourni de fausses données. La réaction européenne ? Aucune sanction.
Peu après l'entrée dans l'euro, le gouvernement grec passe un contrat secret avec Goldman Sachs. La banque américaine conçoit un montage financier complexe — des cross-currency swaps — qui permet de masquer 2,8 milliards d'euros de dette des bilans officiels.
L'opération est baptisée « Eole » (le dieu grec du vent). Elle utilise des taux de change historiques fictifs pour transformer des prêts en devises en euros, avec un effet magique sur les comptes publics : la dette disparaît temporairement.
« Goldman Sachs a aidé le gouvernement grec à masquer l'ampleur réelle de son déficit, en sapant la crédibilité de ses comptes publics. » — Der Spiegel / New York Times, février 2010
Goldman Sachs empoche environ 300 millions de dollars de commissions. Les swaps arrivent à échéance entre 2012 et 2037, ajoutant des milliards à la dette future.
Depuis la chute de la dictature en 1974, les deux grands partis — Nouvelle Démocratie (droite) et PASOK (socialiste) — alternent au pouvoir. Leur mode de gouvernance repose sur un clientélisme massif : des emplois publics distribués en échange de loyautés politiques.
En 2009, la Grèce compte environ 800 000 fonctionnaires — un emploi sur quatre. Les salaires du public augmentent de 50% entre 1999 et 2007, sans rapport avec la productivité.
Le résultat : un État obèse, inefficace, et des dépenses publiques structurellement supérieures aux recettes.
L'évasion fiscale est estimée à 30 milliards d'euros par an (Transparency International). Les professions libérales déclarent en moyenne un revenu annuel de seulement 12 000 euros. Les médecins d'Athènes déclarent fiscalement moins que les agriculteurs de Crète.
En 2010, le gouvernement découvre que 2 059 contribuables grecs détiennent des comptes en Suisse (la « liste Lagarde »). Aucune poursuite significative n'est engagée. En 2012, le journaliste Kostas Vaxevanis publie la liste dans son magazine Hot Doc — il est arrêté, puis acquitté.
Le coût final des JO est estimé à 9 milliards d'euros, soit trois fois le budget initial. L'essentiel des infrastructures — stades, village olympique, centres de presse — est abandonné après les jeux.
Le stade olympique de softball ? Une friche. Le centre de canoë-kayak ? Une ruine. Le village olympique ? Des logements sociaux dégradés. La Grèce a financé à crédit un événement dont elle n'a tiré aucun dividende durable.
Le 4 octobre 2009, le PASOK remporte les élections. Le nouveau gouvernement découvre l'ampleur du désastre : le déficit public n'est pas de 3,7% comme annoncé par le gouvernement précédent, mais de 12,7% du PIB (révisé ensuite à 15,4% par Eurostat).
La révélation provoque une panique sur les marchés obligataires. Les taux d'emprunt grecs s'envolent. En quelques semaines, la Grèce ne peut plus emprunter à des taux supportables. Le piège de l'euro se referme : sans monnaie nationale, impossible de dévaluer pour retrouver de la compétitivité.
« Le déficit grec a explosé non pas à cause des dépenses de l'État-providence, mais à cause de la chute des recettes fiscales et de l'explosion des taux d'intérêt. » — Mark Weisbrot, Center for Economic and Policy Research
PIB en milliards € et taux de croissance. Source : Eurostat, AMECO, Trésor français.
Dette publique en % du PIB. La ligne pointillée représente le critère de Maastricht (60%). Source : Eurostat, FMI, Trésor français.