En août 2015, une étude de l'Institut de recherche économique de Halle (IWH) fait l'effet d'une bombe : le gouvernement allemand a tiré un bénéfice net de la crise grecque.
Le mécanisme : la peur d'un effondrement de l'euro a provoqué une « fuite vers la qualité » — les investisseurs se sont rués sur les obligations allemandes (Bunds), faisant chuter leurs taux d'intérêt. Résultat : ~100 milliards d'euros économisés par l'État fédéral allemand en coûts d'emprunt entre 2010 et 2015 — un montant supérieur au coût total des plans d'aide à la Grèce supporté par l'Allemagne.
« L'Allemagne a bénéficié de la crise grecque de manière significative. La baisse des taux d'intérêt sur les obligations allemandes a généré des économies qui dépassent le coût des plans de sauvetage. » — Institut IWH de Halle, août 2015
En 2001-2002, Goldman Sachs conçoit les swaps de devises « Eole » qui permettent à la Grèce de masquer 2,8 milliards d'euros de dette. La banque empoche ~300 millions de dollars de commissions.
Les swaps arrivent à échéance progressivement jusqu'en 2037, ajoutant des milliards à la dette grecque future. Goldman Sachs n'a jamais été poursuivie pour son rôle.
En 2010, les banques françaises et allemandes détenaient des dizaines de milliards d'euros d'obligations grecques. BNP Paribas à elle seule avait 5 milliards € d'exposition. Le « plan de sauvetage » de la Grèce a en réalité sauvé les banques créancières : l'argent prêté à la Grèce a servi à rembourser ces obligations.
Quand la dette privée a finalement été restructurée en 2012 (le « PSI », -53,5% sur 206 Md€), les banques privées avaient déjà réduit leur exposition en revendant leurs titres — à la BCE et aux États européens. Le fardeau a été transféré du privé au public.
« Les banques et leurs créanciers n'ont pas été touchés du tout, car les banques ont été effectivement compensées pour leurs pertes sur les obligations souveraines via un programme de recapitalisation. » — Zettelmeyer, Trébouchon & Schiavo, PIIE (2013)
Des fonds spéculatifs comme Elliott Management (Paul Singer) ont racheté des obligations grecques à prix cassé — parfois 20% de leur valeur faciale — puis ont poursuivi la Grèce en justice pour être remboursés au pair + intérêts.
Ces fonds ont refusé de participer à la restructuration de la dette de 2012, préférant la voie judiciaire pour obtenir un remboursement intégral.
La Troïka a exigé la privatisation de 50 milliards d'euros d'actifs publics. Les acheteurs ont acquis des infrastructures stratégiques à des prix souvent jugés dérisoires :
Actifs publics vendus entre 2010 et 2023. L'objectif initial de la Troïka (50 Md€) a été révisé à 5,6 Md€. Source : HRADF.
Malgré l'austérité et les privatisations, la dette grecque est passée de 127% du PIB en 2009 à 207% en 2020. La raison : l'austérité a contracté l'économie plus vite que la dette ne pouvait être remboursée. C'est le cercle vicieux de l'austérité : moins de dépenses → moins de croissance → moins de recettes fiscales → ratio dette/PIB qui augmente.
Les 289 milliards € prêtés n'ont pas sauvé la Grèce — ils ont sauvé les créanciers de la Grèce.