Entre 2010 et 2012, le taux de suicide en Grèce a augmenté de 35% — une hausse sans précédent dans un pays développé en temps de paix. L'étude publiée dans BMC Psychiatry (2018) montre une corrélation directe entre la montée du chômage et celle des suicides, particulièrement chez les hommes de 45 à 64 ans.
Le matin du 4 avril 2012, Dimitris Christoulas, pharmacien retraité de 77 ans, traverse le jardin de la place Syntagma, sort un fusil et se tire une balle dans la tête. Il meurt sur le coup, à quelques mètres du Parlement grec.
« Je ne peux pas finir comme un clochard, en fouillant dans les poubelles pour manger. Le gouvernement Tsolakoglou a anéanti jusqu'à ma capacité à survivre dignement. Je crois que les jeunes qui n'ont pas d'avenir prendront un jour les armes et pendront les traîtres de ce pays place Syntagma, comme les Italiens ont pendu Mussolini en 1945. » — Note de suicide de Dimitris Christoulas
Sa mort devient un symbole mondial de la crise grecque. Des milliers de personnes se rassemblent place Syntagma pour lui rendre hommage. Sur les murs d'Athènes, des graffitis : « Christoulas, tu ne t'es pas suicidé, ils t'ont assassiné. »
Les coupes budgétaires imposées par la Troïka ont réduit les dépenses de santé de 40% entre 2009 et 2015. Résultat :
En 2012, le New York Times rapporte que des enfants grecs fouillent les poubelles des écoles pour trouver à manger. Un garçon de 11 ans, Pantelis Petrakis, demande les restes de ses camarades.
« Je pensais que c'était impossible en Grèce. Des enfants qui fouillent les poubelles des écoles pour trouver de la nourriture. » — Leonidas Nikas, directeur d'école élémentaire, au New York Times (2013)
La Deutsche Welle (2018) documente des retraités qui fouillent les poubelles des supermarchés. Des vidéos montrent des familles entières ramassant des légumes pourris et des produits périmés.
Entre 2010 et 2018, 427 000 jeunes Grecs (18-35 ans) ont quitté le pays. Des ingénieurs, des médecins, des scientifiques — la génération la plus éduquée de l'histoire grecque a fui la misère. La Banque de Grèce parle de « brain drain » (fuite des cerveaux).
En 2024, la majorité de ces émigrés étaient rentrés, selon Wikipedia. Mais le pays a perdu une décennie de capital humain.
Le 12 février 2022, dans la banlieue d'Athènes, une retraitée de 70 ans en grande détresse financière est arrêtée pour avoir volé dans un supermarché Lidl. Son butin : 40 euros de viande et de fromage.
L'affaire est relatée par Le Monde en mars 2023 dans un article sur la hausse des vols alimentaires en Europe. Même après la sortie officielle de la crise, la précarité persiste.
Source : ELSTAT, OMS, BMC Psychiatry (2018)
Source : Eurostat, ELSTAT, OCDE